Le RN et les municipales en quelques chiffres

Le RN et les municipales en quelques chiffres
Publié le 27 mars 2026
Puisque tout le monde a crié victoire au soir du second tour des élections municipales, il est normal que le RN se soit considéré comme vainqueur du scrutin et revendiqué une « percée historique ». Sa progression est d’ailleurs indéniable. Mais le parti partait de loin, et sa progression est très inégale, en particulier d’un point de vue territorial puisqu’il se conforte d’abord dans les bastions où il est bien implanté et que la carte de ses conquêtes laisse de larges zones désertiques.

Au premier tour des élections municipales, dans les communes de plus de 3000 habitants, les listes RN (codées LRN) ou RN/UDR (codées LUXD)1 étaient au nombre de 484. Nous n’avons donc pas retenu ici les listes sans étiquette soutenues par le RN (comme à Fos-sur-Mer, Pont-à-Vendin, Laruscade ou Beaumont-de-Lomagne), les listes sans étiquettes dirigées par un militant RN dans des communes de moins de 1000 habitants (comme à Chevroz, Conségudes ou Toudon), pas plus que les listes étiquetées DVD mais dirigé par un élu UDR (comme à Salbris)… Le halo des listes d’extrême-droite est de fait plus vaste que ne le suggèrent ces 484 listes, mais il nous a semblé plus prudent, pour l’analyse, de nous attacher à une offre politique qui « annonce clairement la couleur ». Après tout, les électeurs peu informés peuvent être trompés par le recours à des étiquettes comme « Divers droite » et plus encore par l’absence d’étiquettes, et il est difficile de raisonner ensuite sur l’audience du RN sur de telles bases.

Ces 484 listes couvraient 1.4% des communes françaises. Peu par le nombre mais beaucoup par la taille car ces 484 communes abritent en réalité 19.3 millions d’habitants (28% de la population nationale) dont 9.7 millions dans les 37 villes de plus de 100 000 habitants et 12.6 millions dans les villes de plus de 50 000 habitants, le reste se répartissant entre les villes de 20 à 50 000 habitants (3.9 millions) et les villes de plus de 5 à 10 000 habitants (2.9 millions).

Contrairement à l’intuition, la moitié des électeurs à qui une offre RN ou assimilés a été présentée lors de ces élections vivent donc dans des villes de plus de 100 000 habitants, et les deux tiers dans une ville de plus de 50 000 habitants. Si l’on projette la part de ces communes dans la population totale sur l’électorat global (48 millions d’inscrits), ce sont plus de 34 millions d’électeurs qui n’ont pas eu la possibilité de se saisir d’un bulletin RN ou RN/UDR. Difficile donc de tirer quelque conclusion que ce soit de ce scrutin au sujet de l’audience réelle du RN dans le pays. Mais poursuivons l’analyse des données.

17 de ces 484 listes ont été victorieuses dès le premier tour : 1 commune de plus de 100 000 habitants (Perpignan), 2 communes de 50 à 100 000 habitants (Fréjus et Cagnes-sur-Mer), 2 communes entre 20 et 50 000 habitants (Bruay-la-Buissière et Hénin-Beaumont), 6 communes de 10 à 20 000 habitants (Harnes, Vauvert, Beaucaire, Le Pontet, Moissac et Hayange) et 6 communes de moins de 10 000 habitants. L’ensemble de ces communes conquises ou conservées par le RN dès le premier tour rassemble une population  de 0.4 million de personnes ou 0.6% de la population nationale.  

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52 des 467 listes restantes ont été éliminées au premier tour faute d’avoir dépassé les 10% des suffrages exprimés. Et ces défaites se jouent souvent dans les grandes villes : ces 52 communes représentent une population de 6.9 millions d’habitants (soit environ 10% de la population nationale).

Sur les 415 listes restantes, 168 n’ont pas pu figurer au second tour car… il n’y a pas eu de second tour ! Une autre force politique l’a emporté avec plus de 50% des voix au premier tour. Ces 168 communes accueillent à leur tour 2.7 millions d’habitants (soit 3.9% de la population nationale).

Au total, l’offre RN ou assimilée était encore disponible au second tour dans 247 communes dont la moitié répartie dans une douzaine de départements (Nord, Pas de Calais, Var, Vaucluse, Bouches-du-Rhône, Gironde, Rhône, Moselle…). Ces 247 communes totalisent 9.2 millions d’habitants (soit environ 13% de la population nationale). Si l’on projette cette proportion sur l’électorat global (48 millions d’inscrits), ce sont environ 6.2 millions d’électeurs qui ont eu la possibilité de voter RN ou assimilés au second tour des élections municipales. L’échantillon se réduit encore considérablement et rend les interprétations nationales encore plus spécieuses. Mais poursuivons encore un peu.

A l’issue du second tour, le RN et ses alliés gagnent 34 communes supplémentaires dont 1 de plus de 100 000 habitants (Nice) et un grand nombre de villes moyennes (Carpentras, Orange, La Seyne-sur-Mer, Carcassonne, Montauban, Agde, Menton, Montargis, Vierzon…). L’ensemble de ces communes abritent près d’un million d’habitants (997 600).

Le RN accroît sensiblement son nombre de conseillers municipaux à l’issue de ces élections (un peu plus de 3000 conseillers municipaux, soit près du double de son score en 2014), ainsi que le nombre de communes qu’il devra désormais administrer (une cinquantaine au total au périmètre retenu dans ce papier, près de 70 si l’on adopte un périmètre plus large). La progression est donc sensible même si elle part d’une base étroite. Mais elle ne s’accompagne pas d’une véritable diversification géographique. A part les micro-victoires bruyamment célébrées dans des villages comme Chevroz dans le Doubs (143 habitants et liste unique !), Nomexy dans les Vosges (1905 habitants) ou Saint-Jeoire en Haute-Savoie (3 457 habitants  et avec une liste unique sans étiquette menée par un élu UDR…), il y a peu de trophées dans des « terres de conquête » en dehors de La Flèche dans la Sarthe ou Vierzon dans le Cher. Pour le reste, les victoires s’agrègent en grande majorité autour de pôles géographiques où le RN était déjà fortement implanté : le long du littoral méditerranéen en PACA, autour de Perpignan (Canohès, Rivesaltes), dans le Nord et le Pas de Calais, en Moselle… C’est pour l’essentiel un développement en tâche d’huile autour de bastions anciens qui laisse d’immenses vides sur la carte : en dehors de La Flèche, le quart nord-ouest est totalement vide ; de même, la Loire-Atlantique, la Vendée, les Charentes, le Limousin, les Landes, le Pays basque, la plus grande partie du Massif central, le Beaujolais, la Savoie, etc. Ce qui saisit, lorsqu’on considère la carte, ce sont les déserts !

En outre, les conclusions que l’on peut tirer de ces municipales quant à l’audience du RN sont biaisées par les configurations politiques singulières dans lesquelles le RN a conquis ses villes : sur ses 34 victoires au second tour, 23 ont été emportées dans le cadre de triangulaires, 3 en quadrangulaires et 1 en pentagulaire. Seules 7 villes ont été conquises dans le cadre d’un duel. Autrement dit, l’offre RN prospère d’abord sur la division de ses adversaires.

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Alexandre Durain