Tous écologistes ? Ce que révèlent les programmes municipaux parisiens

Tous écologistes ? Ce que révèlent les programmes municipaux parisiens
Publié le 12 mars 2026
  • Expert climat et politiques locales de décarbonation
  • Expert des politiques de décarbonation, ex-responsable des études au Haut Conseil pour le Climat
Les programmes des cinq principales listes pour la mairie de Paris peuvent donner l’impression d’un consensus inédit autour de la transition écologique. Tous les candidats ou presque affichent des objectifs de rénovation des bâtiments, de transformation des mobilités ou d’adaptation de l’espace public. Cependant, une analyse plus attentive révèle des différences importantes, présentées ici dans un tableau synthétique. Les programmes divergent par le niveau de précision de leurs mesures, par le nombre de leviers mobilisés et par la manière dont ils envisagent leur financement. Une candidate se distingue en particulier par la faiblesse de ses propositions sur l’environnement.

Introduction

Ces derniers mois, de nombreux observateurs ont souligné que l’écologie était désormais présente dans l’ensemble des programmes politiques, au point d’être souvent décrite comme un enjeu largement transpartisan. Cette évolution se retrouve également dans la campagne municipale parisienne : la plupart des candidats proposent aujourd’hui des mesures liées à la transition écologique.

Leurs programmes abordent ainsi plusieurs secteurs centraux de la transformation écologique de la ville. Les politiques de rénovation énergétique des bâtiments, en particulier des logements sociaux, occupent une place importante dans l’ensemble des propositions. Les énergies renouvelables sont également mentionnées dans les différents programmes, qu’il s’agisse du développement du solaire thermique et photovoltaïque, du soutien aux réseaux de chaleur ou de dispositifs facilitant l’accès des ménages à l’énergie renouvelable.

La question de l’adaptation au changement climatique apparaît également dans la plupart des programmes des principaux candidats, notamment à travers des politiques de végétalisation, de désimperméabilisation ou de rafraîchissement de l’espace public destinées à limiter les effets des îlots de chaleur urbains.

Ce socle commun témoigne de l’intégration croissante des enjeux climatiques dans les politiques urbaines. Ce constat soulève toutefois une question : est-il possible d’identifier, parmi ces programmes, ceux qui apparaissent les plus ambitieux ou les plus structurés pour répondre aux enjeux climatiques ?

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Pour tenter d’y répondre, nous avons comparé les programmes des candidats comptabilisant plus de 10% des intentions de vote selon les derniers sondages disponibles, ce qui restreint la liste à cinq candidats1 : Emmanuel Grégoire, Rachida Dati, Pierre‑Yves Bournazel, Sophia Chikirou et Sarah Knafo. Les autres candidats sont significativement en dessous des 10% d’intentions de vote, ce qui conforte le choix de ce seuil de sélection.

Vue synthétique des programmes

À y regarder de plus près, des différences importantes apparaissent entre les programmes.

Si tous les candidats intègrent l’écologie à leur programme, on peut noter des points communs mais aussi des divergences dans le choix des mesures, mais aussi dans l’étendue des leviers et des secteurs mobilisés. Sans prétendre être exhaustive, cette section résume les principales orientations des cinq candidats en matière d’écologie.

Dans le domaine du bâtiment, la rénovation énergétique du parc existant constitue un levier largement partagé. Tous les candidats, à l’exception de Sarah Knafo, mentionnent des politiques visant à améliorer l’isolation des logements et des bâtiments publics. Ce consensus apparent masque toutefois des différences importantes dans l’ampleur des politiques proposées et dans les instruments mobilisés. Les programmes d’Emmanuel Grégoire, de Sophia Chikirou, de Pierre‑Yves Bournazel et de Rachida Dati comportent ainsi des objectifs de rénovation du parc social ou des dispositifs visant à accélérer la rénovation énergétique, mais les rythmes de rénovation annoncés varient sensiblement.

Le programme de Pierre‑Yves Bournazel évoque ainsi 12 000 rénovations par an, contre 10 000 dans celui de Rachida Dati, et environ 5 000 rénovations par an plus un “plan volet” sur tous les logements sociaux dans celui d’Emmanuel Grégoire. Le programme de Sophia Chikirou mentionne également un effort de rénovation du parc social et privé, inscrit dans une stratégie plus large de transformation du parc bâti et de lutte contre la précarité énergétique, mais il ne fixe pas de rythme annuel directement comparable. À l’inverse, le programme de Sarah Knafo ne propose pas de politique structurée de rénovation énergétique du parc de logements et ne formule donc aucun objectif en la matière.

Le domaine des mobilités fait apparaître une distinction plus nette entre les programmes.

D’un côté, certains candidats proposent de poursuivre la transformation engagée ces dernières années vers des mobilités moins dépendantes de la voiture individuelle. Le programme d’Emmanuel Grégoire prévoit par exemple la création de 15 lignes de bus express et la finalisation du réseau cyclable. Celui de Sophia Chikirou comporte également plusieurs propositions visant à renforcer les transports publics et les mobilités actives. À l’inverse, d’autres programmes mettent davantage l’accent sur la facilitation de la circulation automobile. Les programmes de Rachida Dati et Sarah Knafo proposent notamment de réaugmenter la vitesse sur le périphérique (à 70 km/h et 80 km/h respectivement), de faciliter le stationnement et le trafic automobile en général. Pierre‑Yves Bournazel se situe dans une position intermédiaire, combinant certaines mesures de développement des transports collectifs — comme la création de trois lignes de bus express — avec des propositions visant à faciliter l’accès automobile à la capitale, notamment à travers le développement de parkings‑relais.2

Similairement, l’amélioration du service de vélos partagés constitue l’un des sujets mentionnés par l’ensemble des candidats, mais les solutions proposées diffèrent nettement. D’un côté certains candidats proposent de renforcer l’encadrement public du service : Emmanuel Grégoire évoque des modifications du contrat d’exploitation, tandis que Sophia Chikirou propose d’aller plus loin en envisageant un passage en régie municipale. De l’autre côté, les approches privilégient davantage l’ouverture au marché : Pierre-Yves Bournazel souhaite associer un nouveau système Vélib’ par des opérateurs privés de vélos en free-floating, tandis que Sarah Knafo suggère de relancer une mise en concurrence et de financer le service en partie par la publicité. Ces propositions illustrent des visions très différentes du rôle que doit jouer la puissance publique dans l’organisation des mobilités urbaines.

Les politiques de végétalisation et d’adaptation au changement climatique font apparaître une autre ligne de partage. Les programmes d’Emmanuel Grégoire et de Sophia Chikirou portent une approche plus généralisée de la renaturation urbaine. Le premier propose d’ouvrir 300 nouveaux hectares de jardins au public et fixe l’objectif d’« au moins un trottoir ombragé dans chaque rue », dans une logique de diffusion large de l’ombre et de la fraîcheur à l’échelle de la ville. Le second s’inscrit dans une logique proche, mais plus systémique encore, avec un objectif de désimperméabiliser et végétaliser 40 % du territoire parisien d’ici 2032 (le plan Climat de la Ville de Paris fixe cet objectif pour 2050) et de créer plus de 300 hectares d’espaces verts accessibles.

À l’inverse, les programmes de Pierre‑Yves Bournazel et de Rachida Dati défendent des approches plus ciblées. Pierre‑Yves Bournazel propose 1 000 rues apaisées, avec végétalisation et bitumes anti‑îlots de chaleur, tandis que Rachida Dati met en avant 500 nouvelles bandes végétalisées, des opérations de débitumisation et un plan « grand chaud » concentré sur les sites accueillant des publics fragiles. Sarah Knafo, enfin, se distingue par une approche plus technologique que spatiale : plutôt qu’un objectif massif de végétalisation, son programme propose de doter Paris d’une maquette numérique intégrant notamment l’ensoleillement, les îlots de chaleur, la qualité de l’air et les émissions de CO2 afin de modéliser les projets d’aménagement avant de décider.

Des ambitions chiffrées qui ne disent pas tout de l’impact climatique

Même lorsque les programmes formulent des annonces chiffrées, il reste toutefois difficile d’en déduire directement leur impact réel sur les émissions de gaz à effet de serre. L’exemple de la rénovation des logements sociaux illustre bien cette situation. Certes, plusieurs candidats avancent des objectifs précis, allant de 5 000 rénovations par an à 12 000 rénovations par an.

L’impact réel de ces mesures reste cependant impossible à estimer avec rigueur, pour plusieurs raisons. Les programmes indiquent généralement un nombre de logements rénovés, mais précisent rarement l’ambition des rénovations en question et le niveau de performance énergétique visé. En outre, les programmes n’indiquent pas le montant des soutiens financiers et des capacités opérationnelles alloués par la Ville. Au regard du coût des rénovations, s’agit-il d’une aide de quelques centaines d’euros (qui risque de créer surtout des effets d’aubaine) ou de montants plus significatifs ? Enfin, le type de rénovation qui sera mené en priorité n’est pas précisé : l’isolation des passoires thermiques ou le remplacement des chaudières à gaz sont ainsi deux archétypes aux conséquences différentes en termes de climat, de facture et de santé.

À titre de comparaison, la Ville de Paris finance aujourd’hui la rénovation d’environ 5 000 logements sociaux par an dans le cadre de son Plan Climat. L’impact climatique réel des programmes dépendrait donc largement de leur capacité à accélérer — ou non — ce rythme, ce qui reste étroitement lié non seulement aux choix budgétaires de la Ville et aux capacités des bailleurs, mais aussi à la disponibilité des opérateurs chargés de concevoir et de réaliser les travaux (maîtrise d’œuvre, AMO, entreprises du bâtiment), à la pérennité des soutiens nationaux complémentaires, ainsi qu’aux contraintes de chaîne d’approvisionnement.

Plus généralement, on peut noter que les programmes politiques ne sont pas conçus comme des documents permettant de réaliser un bilan carbone précis. Bien que les mesures soient souvent formulées de manière parfois précise et avec des objectifs quantifiés, une étude d’impact rigoureuse nécessite des informations extrêmement précises sur la mise en œuvre. Les équipes de campagne, aux moyens limités, ne sont pas à blâmer ici : l’exercice est si délicat que même le budget de l’Etat, malgré les moyens conséquents alloués à l’exercice de « budget vert » chaque année, ne propose pas un tel chiffrage carbone. Une analyse quantitative complète semble donc un exercice impossible à date ; mais il est cependant possible de réaliser une évaluation rigoureuse sans quantifier les émissions.

Une approche évaluative de la qualité des plans

Il est possible d’apporter des éléments d’éclairage sur l’aspect écologique des programmes en adoptant une autre approche : examiner les enjeux que les programmes identifient, le niveau de précision des mesures proposées et leur degré d’opérationnalité. Les différents leviers sont-ils bien mobilisés ? Les mesures sont-elles précisées ou restent-elles évasives ? Autrement dit, nous proposons ici de juger la qualité formelle du plan. Cette méthode s’inspire notamment de la méthode d’évaluation du « cadre d’action publique » utilisée par le Haut Conseil pour le Climat, et avant lui par le Climate Change Committee du Royaume-Uni, pour évaluer la stratégie et la gouvernance.3 Cette méthode d’appréciation ne couvre pas la mise en œuvre ni l’efficacité des stratégies, mais elle vise à déterminer si le cadre d’action proposé offre une vision claire des enjeux et des leviers.

Pour comparer les propositions, nous avons ainsi analysé vingt-sept postes d’action répartis dans sept grands secteurs de politiques publiques : bâtiments, mobilités, énergie, déchets, alimentation, aménagement urbain et adaptation climatique, et tourisme. Ces secteurs recoupent à la fois les thématiques mentionnées dans les programmes et les principaux postes d’émissions identifiés par la Ville de Paris dans son Plan Climat.

Chaque mesure a ensuite été classée selon une échelle comportant quatre catégories :

Cette grille de lecture ne permet pas de mesurer directement l’impact carbone des programmes, mais elle donne plusieurs indications importantes. Sur leur niveau de précision d’abord : des objectifs précis et chiffrés sont un premier indicateur de la qualité d’un plan. Sur leur périmètre ensuite : l’écologie est-elle ciblée sur quelques secteurs clés ou pensée dans l’ensemble des actions de la Ville ? Sur le financement ensuite, qui est un enjeu clé pour rendre crédibles les actions mentionnées. 

Résultats

Nous avons appliqué cette grille de lecture aux cinq principaux candidats. Le résumé de cette analyse est indiqué dans le tableau 1.

Tableau 1 : Analyse du degré de précision des programmes

Précision des mesures écologiques

Cette grille de lecture fait apparaître de façon sensible des différences dans le degré de précision des mesures proposées par les cinq candidats. Le programme d’Emmanuel Grégoire comporte ainsi 19 mesures avec des objectifs précis dans notre comparateur, suivi de celui de Pierre‑Yves Bournazel avec 15 mesures. Le programme de Sophia Chikirou se situe également dans une position intermédiaire, avec 12 mesures précises.  Le programme de Rachida Dati apparaît, quant à lui, moins précis dans la formulation des mesures avec 7 mesures précises. Finalement, Sarah Knafo présente nettement moins de mesures relevant directement des politiques de transition écologique étudiées dans notre comparateur, avec seulement 3 mesures identifiées, aucune n’étant précise.

Spectre large ou vision resserrée ?

Au-delà du degré de précisions des mesures elles-mêmes, l’analyse des programmes permet de faire apparaître des visions différentes de la transition écologique de la ville. Les propositions formulées ne se limitent pas à un ensemble d’actions sectorielles : elles traduisent aussi des conceptions différentes de la manière dont la transformation écologique de Paris doit être conduite, entre action resserrée sur certains secteurs et plus large mobilisant tous les leviers.

Les écarts apparaissent nettement lorsque l’on observe l’étendue des domaines couverts. Sur les vingt-sept postes analysés dans notre comparateur, le programme d’Emmanuel Grégoire en couvre 26, celui de Sophia Chikirou 22, celui de Pierre-Yves Bournazel 21 et celui de Rachida Dati 18, tandis que le programme de Sarah Knafo n’en couvre que 3. Emmanuel Grégoire et Pierre-Yves Bournazel sont par ailleurs les seuls candidats à proposer au moins une action dans chacun des sept secteurs analysés (bâtiments, mobilités, énergie, déchets, alimentation, aménagement urbain et tourisme).

Le programme d’Emmanuel Grégoire apparaît ainsi comme celui proposant l’approche la plus transversale. Les mesures couvrent l’ensemble des secteurs étudiés et s’étendent au‑delà des politiques urbaines les plus classiques — mobilités, logement ou aménagement — pour inclure également les déchets, l’alimentation ou encore le tourisme durable. Le programme comporte également plusieurs instruments à dimension sociale, par exemple l’accessibilité renforcée des mobilités actives ou des dispositifs d’achat groupé d’énergie.

Le programme de Sophia Chikirou couvre également un spectre important de secteurs, à l’exception du tourisme, qui n’est pas abordé sous l’angle écologique – il s’agit pourtant du premier poste d’émissions dans l’empreinte carbone de la ville. Ce programme se distingue notamment par des propositions dans les domaines de l’alimentation ou de la lutte contre la précarité énergétique. Ces propositions prennent toutefois plus souvent la forme d’orientations politiques générales que de dispositifs opérationnels précisément définis et directement comparables à ceux proposés par certains autres candidats.

Le programme de Pierre‑Yves Bournazel mentionne les sept secteurs identifiés dans notre grille d’analyse, mais il accorde un poids très important à l’un d’entre eux : les transports et les mobilités. La plupart des mesures de première catégorie (mesure adossée à un objectif précis) identifiées dans le comparateur relèvent de ce domaine, ce qui traduit une stratégie reposant largement sur ce levier pour transformer le fonctionnement urbain.

Le programme de Rachida Dati apparaît plus sectoriel : il concentre l’essentiel de ses propositions relevant de la transition écologique sur quelques domaines précis, en particulier le secteur du bâtiment et des logements, l’énergie et l’aménagement urbain et l’adaptation, sans couvrir aussi largement l’ensemble des dimensions identifiées dans notre grille d’analyse. Nous mettons également en évidence la présence de propositions susceptibles d’aller à l’encontre de certains objectifs environnementaux, par exemple des mesures visant à assouplir certaines politiques de circulation automobile, que nous avons classées comme néfastes à l’environnement dans notre grille d’analyse.

Finalement, le programme de Sarah Knafo se détache nettement des quatre autres : avec seulement 3 postes couverts sur les 27 analysés dans notre comparateur, il comporte très peu de mesures relevant directement des politiques de transition écologique et ne propose pas de stratégie sectorielle structurée dans la plupart des domaines étudiés, privilégiant plutôt des approches ponctuelles, technologiques ou de planification urbaine. Notre analyse met également en évidence la présence d’un nombre comparable de propositions susceptibles d’aller à l’encontre de certains objectifs environnementaux, ici aussi des mesures visant à faciliter la circulation automobile au sein de la ville.

La question des moyens et du financement

La transition écologique peut nécessiter des investissements importants, dans un contexte budgétaire tendu. A ce titre, la question du financement constitue un élément significatif pour apprécier la crédibilité des programmes. Les programmes abordent tous la question des finances municipales mais avec des orientations diverses : certains mettent en avant la maîtrise ou la réduction de la dette, tandis que d’autres insistent davantage sur la nécessité de réorienter ou d’accroître l’investissement public et les stratégies proposées pour financer les politiques annoncées diffèrent sensiblement.

Le programme d’Emmanuel Grégoire vise une stabilisation du délai de désendettement de la ville. Il met en avant le maintien d’un niveau d’investissement élevé tout en cherchant à dégager des marges de manœuvre à travers des économies de fonctionnement, notamment liées à la rénovation énergétique des bâtiments publics ou à une meilleure efficacité de la dépense municipale. Les mécanismes précis de financement des différentes politiques sectorielles restent toutefois peu détaillés.

Le programme de Sophia Chikirou s’appuie également sur une approche de forts investissements couplés à la réorientation des priorités budgétaires, notamment dans les domaines sociaux et environnementaux. Il évoque ainsi plusieurs leviers financiers concrets, comme une hausse de la fiscalité locale — notamment de la taxe foncière — afin de financer des politiques de logement, d’éducation et de transition écologique. Son programme assume davantage le recours à l’endettement pour financer la transition écologique et sociale, même si l’architecture budgétaire détaillée de ces mesures reste relativement peu explicitée.

Trois programmes — ceux de Rachida Dati, de Pierre-Yves Bournazel et de Sarah Knafo — affichent explicitement l’objectif de diminuer le niveau de dette de la Ville. Dans le même temps, plusieurs propositions — en particulier la rénovation massive des logements — pourraient nécessiter des investissements publics importants. La question de leur financement implique donc des arbitrages entre différentes priorités budgétaires. Sur ce point, les programmes diffèrent sensiblement dans leur degré de transparence.

Le programme de Pierre-Yves Bournazel détaille explicitement certaines pistes de financement, notamment à travers la cession ou la valorisation d’actifs immobiliers municipaux. Cette stratégie inclut la vente d’une partie du patrimoine de la Ville – en particulier des actifs liés au logement social – afin de financer de nouveaux investissements. Les arbitrages envisagés apparaissent ainsi plus clairement identifiés, mais ils pourraient également entraîner des conséquences sur la taille et la structure du parc social parisien.

À l’inverse, le programme de Rachida Dati insiste sur la nécessité de redresser les finances de la Ville et met en avant une logique de gestion plus rigoureuse et de rationalisation des dépenses. Pour le financement des rénovations, elle indique une incitation à travers un assouplissement de l’encadrement des loyers pour les logements sortant des étiquettes F ou G avec gain de deux échelons.

Enfin, le programme de Sarah Knafo met en avant une stratégie de réduction de la dette reposant notamment sur un plan d’économies et sur la vente d’une partie du patrimoine municipal, en particulier du parc de logements sociaux. En revanche, il ne prévoit pas d’augmentation significative de l’investissement public pour financer la transition écologique : les quelques mesures environnementales évoquées reposent plutôt sur des outils de planification ou de réorganisation de l’action publique que sur de nouveaux moyens budgétaires.

En l’absence d’informations précises sur le financement, il devient dès lors difficile d’anticiper les arbitrages qui seraient effectivement réalisés entre les différentes politiques publiques. L’électeur est ainsi en partie conduit à se projeter et à juger, sur la base d’éléments plus déclaratifs et de sa propre représentation des programmes, quel candidat lui semble le plus susceptible de faire de la transition écologique une priorité dans les arbitrages budgétaires.

Conclusion : Alors, tous écologistes ?

Au premier regard, les programmes municipaux parisiens peuvent donner l’impression d’un consensus inédit autour de la transition écologique. Tous les candidats ou presque affichent des objectifs de rénovation des bâtiments, de transformation des mobilités ou d’adaptation de l’espace public.

Cependant, une analyse plus attentive révèle des différences importantes. Les programmes divergent par le niveau de précision de leurs mesures, par le nombre de leviers mobilisés et par la manière dont ils envisagent leur financement.

Graphique 1 : Synthèse de l’analyse des programmes

Note de lecture : les candidats sont ici présentés dans l’ordre des intentions de votes exprimées dans les derniers sondages disponibles

Sur les 27 postes identifiés et couverts par l’analyse, le programme d’Emmanuel Grégoire est celui qui en actionne le plus (26) suivi par Sophia Chikirou (22) et Pierre‑Yves Bournazel (21) puis Rachida Dati (18), tandis que Sarah Knafo présente peu de mesures climat (3).

Cette hiérarchie change partiellement si l’on analyse le nombre de mesures précises. Le programme d’Emmanuel Grégoire arrive nettement en tête avec 19 mesures chiffrées. Les programmes de Pierre-Yves Bournazel et de Sophia Chikirou arrivent ensuite, avec respectivement 15 et 12 mesures précises. Le programme de Rachida Dati apparaît plus en retrait, avec 7 mesures assorties d’objectifs chiffrés.

Enfin, les programmes de Sarah Knafo et Rachida Dati incluent des mesures néfastes à l’environnement, en encourageant le trafic automobile individuel, notamment via la facilitation du stationnement automobile, une tarification allégée et l’augmentation de la vitesse sur le périphérique. Le programme de Sarah Knafo inclut en outre la remise en cause des menus végétariens, mesure à rebours des orientations de la transition en matière d’alimentation.

Au regard des critères retenus dans cette analyse — largeur des politiques abordées, niveau d’opérationnalité des mesures et lisibilité des stratégies financières — le programme d’Emmanuel Grégoire apparait comme le plus structuré, suivi par celui de de Pierre‑Yves Bournazel et de Sophia Chikirou.

Le programme de Rachida Dati apparaît davantage ciblé sur certains secteurs et moins détaillé dans la formulation de ses mesures, et comporte plusieurs mesures défavorables au climat. Enfin, le programme de Sarah Knafo se distingue nettement des autres par le nombre très limité de propositions environnementales identifiées.

Ces résultats ne permettent pas de préjuger de l’efficacité réelle des politiques qui seraient mises en œuvre, mais ils donnent une première idée des orientations des candidats et de l’avancée des réflexions à date. Au-delà des programmes individuels, la transition écologique de Paris dépendra également des alliances qui seront faites à l’issue du premier tour, mais aussi de la capacité des futurs exécutifs à mettre en œuvre leurs promesses et des choix politiques et budgétaires réalisés une fois élus pour faire —ou non — de l’écologie une priorité de la Ville.

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Axel Erba-Roux

Quentin Perrier

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