Édito

En 2027, une élection à quatre tours

Publié le 26 juin 2026
Qui serait en meilleure position pour le deuxième tour de l’élection présidentielle ? Le débat sur les candidatures qui se multiplient à gauche se résume souvent à cette interrogation. Question à courte vue, puisqu’il ne s’agit pas de faire bonne figure dans une élection mais aussi de retrouver une capacité à gouverner dans un système institutionnel aujourd’hui déstabilisé.

La campagne pour l’élection présidentielle commence par le recensement, parfois incrédule, des candidates et candidats, notamment à gauche. On peut déjà en compter au moins une vingtaine, plus ou moins sérieux. Plusieurs facteurs expliquent cette floraison. La saison, tout d’abord : à un an de l’élection, c’est le moment de faire un tour de piste pour les prétendants aux suffrages.

Une deuxième explication tient à l’affaiblissement des partis politiques, qui n’est plus à démontrer. Leur rôle traditionnel de sélection des candidats est contourné puisqu’il est désormais concevable de mener et même de gagner une campagne indépendamment d’un parti installé, comme l’a montré Emmanuel Macron, stimulant l’ambition de nombreux émules. En cumulant les candidats issus des partis qui restent structurés et qui ne conçoivent pas leur absence lors de ce rendez-vous présidentiel (le parti communiste, Renaissance…) et les candidats sans parti qui profitent du vide laissé par l’affaiblissement des partis traditionnels, on obtient une liste particulièrement copieuse de prétendants.


Une troisième raison est l’absence de procédure incontestable de désignation. Les Républicains ont consulté leurs adhérents pour désigner Bruno Retailleau mais chaque parti choisit, ou remet en cause, ses règles de fonctionnement, sans modèle stable. Autodésignation, démocratie interne ou primaire ouverte, aucune solution de s’impose, tout est affaire de circonstances, de rapports de force et d’opportunités politiques. 

Quatrième raison, la configuration de l’élection elle-même, qui stimule les ambitions. Avec un RN autour de 33 % au premier tour selon les sondages, on pourrait trouver au premier tour jusqu’à quatre candidats situés dans une fourchette entre 15 et 20 % des voix. Dans cette zone, un écart minime suffit pour se qualifier, et beaucoup parient ensuite sur un second tour de rejet du RN, comme cela a profité à Emmanuel Macron. C’est pourquoi un candidat comme Jean-Luc Mélenchon parie sur sa capacité à se glisser dans cet intervalle. Mais l’argument est bien court : l’enjeu de l’élection n’est pas de faire bonne figure au premier tour, ni même seulement de se qualifier pour le deuxième tour mais de le gagner. Encore le vote présidentiel ne résout-il pas tout.

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Car il faut encore prolonger le raisonnement. La crise des partis ne se manifeste pas seulement par la perte de mainmise sur les candidats à l’élection. Elle est apparue depuis 2022 aussi dans l’incapacité à convaincre suffisamment de Français et de faire un score suffisant aux élections législatives pour former une majorité à l’Assemblée nationale. La situation s’est encore aggravée après la dissolution de 2024, avec un parlement sans majorité et un gouvernement incapable de former une coalition stable de gouvernement. Or, si les institutions de la Ve République ont été conçues pour garantir les marges de manœuvre de l’exécutif, au besoin en disciplinant à l’extrême le travail parlementaire, il n’en reste pas moins que notre régime reste d’essence parlementaire puisque le gouvernement, comme on le voit actuellement, est paralysé en l’absence de majorité.

La plupart des candidats à l’élection présidentielle font comme si cette situation était une anomalie destinée à disparaître en 2027. Mais rien n’est moins sûr. Il faut bien sûr imputer à Emmanuel Macron la responsabilité de la dissolution de 2024. La chambre actuelle, ingouvernable, n’est pas destinée à se maintenir au-delà de l’élection d’un nouveau président ou d’une nouvelle présidente. On peut donc anticiper une dissolution post-présidentielle. Mais rien ne garantit, malgré un mode de scrutin qui a favorisé, depuis 1958, la stabilité parlementaire, qu’une majorité se dégagera d’une nouvelle consultation électorale. Car la fragmentation politique relève de causes plus profondes que la dernière dissolution ou même les effets politiques du macronisme et rien n’indique sa disparition prochaine : tripartition des forces politiques, crise de confiance, polarisation de l’opinion, colère sociale…

L’actuelle multiplication des candidatures annonce une campagne législative aux forces dispersées. Le nouvel élu, ou la nouvelle élue, aura-t-il la faculté de gouverner ? On peut, probablement, anticiper une nouvelle Assemblée divisée, difficilement gouvernable. C’est pourquoi les candidates et candidats ne doivent pas seulement parler de leur capacité à se qualifier pour le second tour de la présidentielle. Ils doivent expliquer sur quelle majorité ils pensent pouvoir s’appuyer et, dans l’hypothèse probable d’une assemblée divisée, comment ils comptent réunir une coalition, large, stable et négociée, capable de sortir le pays de la paralysie politique.

C’est le minimum qu’on peut attendre des candidats : expliquer en quoi leur candidature peut permettre de dépasser l’impasse institutionnelle actuelle et retrouver les voies d’une gouvernabilité qui n’est plus mécaniquement garantie par les institutions gaulliennes. Dans la mesure où le besoin d’une coalition reste d’actualité, et que le déni qui prévaut depuis 2024 n’est pas viable, les électeurs doivent pouvoir se prononcer dès le premier tour de l’élection présidentielle avec cette possibilité en perspective, pour que leur vote ne soit pas captif de nécessités improvisées dans une négociation post-électorale, mais exprime une préférence exprimée en connaissance de cause.

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