Après une campagne électorale en partie éclipsée par l’actualité internationale en Ukraine et au Moyen Orient, les élections municipales sont lancées. La prédominance des enjeux locaux rend impossible de proposer une image d’ensemble de l’élection. Des questions transversales retiennent cependant l’attention. Tout d’abord, la capacité du Rassemblement national, porté par des sondages favorables à l’échelle nationale, de trouver un ancrage local. Le RN a affiché la volonté de franchir un seuil de crédibilité locale, jusqu’à présent particulièrement modeste. L’examen des listes déposées auprès du ministère de l’Intérieur confirme que la réalité du terrain reste loin de l’ambition de 650 listes, affichée par le parti d’extrême droite. On dénombre 482 listes, soit environ 18 500 candidats, un chiffre cependant supérieur aux précédentes réalisations du parti. Les cartes montrent cependant de larges pans de territoires sur lesquels le parti fait l’impasse, y compris là où le RN a recueilli des scores élevés aux élections européennes ou législatives.
La question de la sécurité locale s’est imposée comme un thème omniprésent de campagne. Beaucoup de promesses sont faites en la matière dans les prospectus électoraux, y compris par les listes de Gauche. Une surenchère verbale qui ne sera suivie d’aucun effet concret, nombre d’entre elles étant irréalisables en raison de la répartition des compétences entre police nationale et police municipale. En raison également, souligne Jean-Louis Missika, de la qualification juridique des infractions. A Paris et dans nombre d’autres villes, les nuisances liées aux points de deal ne peuvent pas être traitées par une police municipale, et les amendes pour les incivilités dues aux dépôts d’ordure ou à l’affichage sauvage ne sont pas fixées par les maires, quoi qu’en disent les candidates et candidats.
A Paris, outre les promesses sur la sécurité, tous les programmes affichent leur volonté de « verdir » la ville. Cependant, si l’on regarde, au-delà de l’affichage, le contenu environnemental des programmes, on constate que le sérieux des propositions reste très variable. Un tableau comparatif permet d’y voir plus clair dans le nombre de leviers de changement envisagés, dans le détail des mesures et dans leur financement. Une candidate se distingue particulièrement par sa désinvolture à l’égard des sujets environnementaux, certaines de ses propositions allant même à rebours de la réduction de la pollution en ville.
Les bons scores de cette candidate sur les réseaux sociaux, particulièrement sur X, ont été remarqués. Des études précises sur leur diffusion permet de montrer que Sarah Knafo a bénéficié d’une considérable promotion de ses contenus par le réseau social d’Elon Musk. Ce qui est d’ailleurs cohérent avec sa volonté déclarée de favoriser la progression de l’extrême droite en Europe. Une manipulation d’autant plus inquiétante qu’une partie des électeurs, et surtout des plus jeunes d’entre eux, ne suivent la campagne que sur les réseaux sociaux.
Une autre métropole mérite un focus précis : Grenoble où le maire sortant, Éric Piolle, ne se représente pas. Le retour inattendu d’Alain Carignon a exacerbé les divisions dans la ville. Dans une ambiance de personnalisation des conflits, l’invocation répétée de la participation citoyenne semble tourner à vide, alors même que la ville a été un laboratoire de la participation locale. C’est à l’échelle de la métropole et de ses 49 communes, selon Alain Faure, qu’un projet commun porteur d’avenir pourrait s’inventer.