Elections municipales 2026 à Nîmes : les leçons d’une victoire fondée sur l’écoute

Elections municipales 2026 à Nîmes : les leçons d’une victoire fondée sur l’écoute
Publié le 16 avril 2026
Ville convoitée par la RN après son grand chelem aux dernières législatives, Nîmes a pourtant basculé à gauche aux municipales. Une démarche originale a permis ce résultat : la volonté de partir d’abord à l’écoute des Nîmoises et des Nîmois. Faire que la vie s’améliore pour les habitants : cet objectif n’a de sens que si l’on part de ce que ceux-ci ont à dire sur leur expérience, sans préjuger de leurs orientations politiques, sans parler à leur place et en leur présentant des restitutions tout au long de la campagne. Une initiative à poursuivre et à diffuser.

Dimanche 22 mars, la liste d’union de la gauche « Nîmes en commun » est arrivée en tête des élections municipales dans un contexte qui mérite d’être partagé nationalement. Cette élection était scrutée : plus grande ville gérée par LR avant l’élection, plus grande ville convoitée par le RN avec Toulon après que l’extrême-droite eut réalisé le Grand chelem dans le Gard aux dernières législatives, la ville était aussi une des plus grandes villes à pouvoir faire la bascule à gauche avec Saint-Etienne.

A la fin, nous l’avons emporté en réalisant un score historique pour la gauche lors d’un scrutin local puisque la liste l’emporte en triangulaire avec plus de 40% des voix. Fait notable de cette élection, le RN a réalisé une nette poussée en recueillant plusieurs milliers de voix en plus par rapport à 2020 et en bénéficiant notamment d’un très fort report depuis l’électorat LR au second tour. Cette victoire est due à la fois à un bond de la participation spectaculaire entre le premier et le second tour (de 51 à 58% de votants) et à une campagne très solide qui avait placé la gauche unie (sans LFI) à plus de 30% au premier tour. 

Les Nîmoises et Nîmois interrogés le mardi suivant l’élection (dans le cadre d’une enquête que nous avons fait réaliser auprès d’électeurs représentatifs de la diversité nîmoise) expliquent globalement le résultat par la division de la droite et par l’élan et l’espoir soulevés par notre candidature. C’est sur ce point que je voudrais insister car, dans une période marquée par la profonde déprise démocratique, il n’est pas commun qu’une liste politique soit félicitée, y compris par ses opposants, pour l’espoir positif et la sympathie qu’elle soulève.

Une victoire portée par un élan démocratique

Mon élection en tant que maire, le vendredi 27 mars est le fruit d’une expérience politique singulière menée depuis plus de dix-huit mois, un chemin parcouru collectivement par l’ensemble de la gauche citoyenne et politique locale au sein du collectif « Nîmes en commun ».

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Après l’élection de 6 députés du Rassemblement national dans le Gard en juillet 2024 et voyant le risque majeur de voir la mairie conquise par ce parti, j’ai pris l’initiative de rassembler, sans exclusive, de nombreux militants de l’ensemble des partis de gauche à Nîmes, ainsi que de nombreux militants citoyens et associatifs, pour construire une démarche de rassemblement en vue du scrutin municipal.

A ce stade, il n’a pas été question entre nous de primaires, de prébendes, ni même de programme commun : il a simplement été proposé que, dans l’élan des législatives mobilisatrices mais difficiles et dans la perspective des municipales à venir, nous allions tous ensemble écouter ce que les Nîmoises et Nîmois avaient à nous dire. Dans « Nîmes en commun », l’écoute a précédé l’union. C’est elle qui a permis de souder et arrimer toutes les composantes de la gauche, qui a construit notre projet et qui a conduit à la victoire.

Le fait de mettre les paroles des habitantes et les habitants de Nîmes au cœur de nos discussions était fondé sur une conviction personnelle forte, historiquement ancrée et nourrie du travail théorique et pratique mené par quelques amis autour de la démocratie d’expression1. Cela a changé les rapports entre nous, militants, comme avec les Nîmoises et Nîmois. Entre nous, le fait d’entendre ce que nous disaient toutes les personnes rencontrées permettait de toujours garder au premier plan le but ultime de notre engagement politique, « faire que la vie s’améliore pour les habitants de notre ville », et de toujours relativiser et mettre au second plan les inévitables luttes d’influence programmatiques et le « partage » des places sur la liste.

Cela a aussi permis de lutter contre un défaut classique des militants et des partis politiques, notamment à gauche, celui de se refermer sur soi. J’ai personnellement constaté un changement d’état d’esprit de tous les militants engagés dans la campagne : commencer par écouter les citoyens de la ville avant d’aller leur parler a permis à chacun d’ancrer à nouveau de façon très charnelle ses valeurs et ses combats politiques. Discuter avec les habitants de la ville a changé le regard a priori porté sur les gens que chacun croisait dans la rue : il n’y avait plus une forme de réserve liée au fait qu’il y avait parmi eux « un électeur RN sur deux » mais simplement des Nîmoises et des Nîmois avec leurs difficultés et des gens que nous avions à cœur d’aider et avec lesquels nous avions envie de vivre. Ne plus se sentir assiégés et ne plus être tentés de réduire les citoyens aux grandes catégories caricaturales propulsées par la presse nationale nous a donné confiance tout en nous rendant, j’en suis convaincu, plus sympathiques : les habitants nous l’ont dit, ils ont senti que nous nous adressions à eux différemment des autres politiques, avec la volonté de faire « avec » eux, « pour » Nîmes et pas « contre les autres ».

Toujours aller le plus possible au contact de la population pour lui permettre de s’exprimer

Avec « Nîmes en commun », l’écoute a duré tout au long de la campagne au fil d’une démarche en plusieurs étapes : une véritable méthode de travail consistant à aller le plus régulièrement possible au contact de la population en élargissant et consolidant progressivement la mobilisation des habitants pour mettre en place les conditions d’un changement politique.

Entre octobre et décembre 2024, 50 militants ont conduit, au smartphone, 110 interviews d’habitants de la ville. Nous les avons interrogés sur leur perception de l’avenir de la ville, leurs priorités pour améliorer la vie à Nîmes et les conseils qu’ils auraient à donner pour une future équipe municipale. Nous n’avons délibérément pas voulu préciser « de gauche », ni n’avons cherché à cibler des populations ou des thèmes supposées « proches de nous », au contraire : nous sommes allés à la rencontre de tous, sans aucune exclusive.

Ces interviews ont permis d’élaborer un film de 20 minutes, qui nous a servi à animer une trentaine de réunions publiques organisées entre février et mai 2025. Projeté pour la première fois devant 450 personnes, ce film intitulé « Si je vous dis Nîmes » l’a ensuite été au fil des rencontres devant 1600 Nîmois qu’un collectif de quelques centaines de militants invitait à venir discuter, quelles que soient leurs opinions politiques. Ce n’étaient pas des meetings politiques mais des temps de discussions entre citoyens d’une même ville. A titre personnel, je ne m’y exprimais que quelques courtes minutes en introduction et en conclusion, veillant (comme tous les militants de Nîmes en Commun) à laisser le maximum d’espace d’expression aux citoyens venus participer.

Ces rencontres, toutes enregistrées, ont ensuite été précisément analysées. Un nouveau film de 20 minutes a été produit qui rendait compte des grands axes de préoccupation des Nîmoises et des Nîmois pour leur ville, complété d’une analyse statistique de l’ensemble des propos recueillis menée par un chercheur de Sciences Po. Présenté dans une réunion publique à laquelle 800 habitants ont assisté en juin 2025, ce film tout autant que les verbatims des rencontres publiques, ont constitué la base de travail d’un grand questionnaire administré auprès des Nîmoises et Nîmois.

Cette consultation avait pour but de permettre aux Nîmoises et Nîmois de préciser leurs points de vue, leurs besoins et leurs demandes sur l’ensemble des grandes controverses identifiées pendant les rencontres : logement, jeunesse, sécurité, emploi, services de proximité, mais aussi relations entre les quartiers, ambition pour la ville, relations à la métropole… Cette dernière phase d’écoute, largement réalisée en porte-à-porte avec un complément en ligne, a permis de toucher un public encore plus large : ce questionnaire, construit avec les Nîmois au travers de leurs témoignages, a été rempli par plus de 3000 d’entre eux en deux mois, octobre et novembre 2025.

Les réponses obtenues à l’issue de cette consultation citoyenne massive, complétées par les propositions issues de plusieurs ateliers de co-constructions ayant réuni des centaines de militants pendant l’automne, ont permis la finalisation de notre programme tout début 20262.

Les grandes dates de la démarche

  • Octobre 2024 – janvier 2025 : réalisation du film-enquête Si je vous dis Nîmes, avec la mobilisation de 40 militants et des interviews réalisées auprès de 110 habitantes et habitants.
  • 11 février 2025 : soirée de lancement du film Si je vous dis Nîmes, en présence de 450 personnes.
  • Mars-mai 2025 : 30 réunions de quartier et d’appartements sont organisées dans toute la ville, par près de 200 militants. Elles rassemblent plus de 1 200 personnes.
  • 19 juin 2025 : bilan et restitution publique des échanges et discussions ayant eu lieu lors des projections-débats dans les quartiers, en présence de 800 personnes.
  • Juillet-août 2025 : construction collective d’un questionnaire, sur la base des résultats de la consultation du printemps, pour identifier plus précisément les priorités des Nîmoises et des Nîmois.
  • Septembre-décembre 2025 : diffusion du questionnaire « Nîmes 2026 » auprès de la population (plus de 3 000 réponses) par les 400 militants de Nîmes en commun.
  • 11 décembre 2025 : grande présentation des résultats du questionnaire, qui a rassemblé 900 personnes.
  • 15 et 22 mars 2026 : élections municipales et victoire de Vincent Bouget.

Une victoire inscrite dans la longue trajectoire de la gauche nîmoise

Patiemment construite au cours des dix-huit derniers mois grâce au travail du collectif « Nîmes en commun », notre victoire ne part pas de rien. Elle s’inscrit dans une trajectoire plus longue de la gauche de transformation sociale3 à Nîmes.

Bien au-delà de ses résultats électoraux, la gauche communiste nîmoise est très implantée dans la ville à travers plusieurs associations, dans le domaine de la culture et de la solidarité, tout autant que par des lieux de sociabilité comme le bar Le Prolé, tout près des Arènes, ou le Cercle de l’Avenir, dans le quartier populaire Richelieu à l’est de la ville. Ces lieux et ce tissu associatif très vivants ont été au centre de la vie collective pendant la campagne servant de points de ralliement pour tous les citoyens engagés dans le projet. A l’heure où les libertés associatives sont menacées et où l’éducation populaire ne se porte pas bien, il est important de rappeler que, sans ce terreau, la dynamique collective que nous avons portée n’aurait sans doute pas prospéré.

Tout aussi décisive a été la volonté d’ouverture citoyenne et politique portée par la section locale du Parti communiste (dont j’ai été le secrétaire fédéral dans le Gard entre 2014 et 2024). Elle a grandement crédibilisé la démarche d’humilité que nous avons défendue. En 2020, une première expérience d’ouverture citoyenne pour favoriser l’union avait été menée avec la création du collectif Nîmes Nouvelle Page qui avait pour ambition de rassembler dans des agoras citoyennes l’ensemble des forces de gauche politiques et citoyennes de la ville. Si cette tentative d’union s’est soldée par un échec, notamment sur la question de la tête de liste, une première expérience été faite pour fédérer au-delà des appartenances partisanes. In fine la gauche se divisait en deux listes : une rassemblant EELV, le PS et LFI et la nôtre composée d’adhérents du PCF et de Générations mais aussi à 2/3 de citoyens non-encartés, liste soutenue par une assemblée citoyenne large et le mouvement social (dans le contexte de la réforme des retraites). La liste que je menais arrivait en tête de la gauche, mais nous nous étions divisés…

Forts de cette expérience, nous impulsons en 2021 l’union de l’ensemble de la gauche, de La France insoumise jusqu’au Parti socialiste : c’est unis que nous allons aux élections départementales suivantes (ce qui nous permet de renforcer la majorité de gauche au Conseil départemental) et que nous participons ensuite aux campagnes de la NUPES et du Nouveau Front Populaire lors des élections législatives de 2022 et 2024.

Lorsque, le 5 octobre 2024, je présente la méthode devant un collectif d’acteurs associatifs, citoyens et politiques, ces différentes expériences et ce terreau citoyen très actifs ont sans doute pesé dans le choix des partis et institutions associatives locales de s’impliquer dans notre démarche, pourtant bien différente des pratiques politiques classiques consistant à construire un programme « en chambre » puis à le diffuser le plus largement possible. Les moments d’écoute et des rencontres publiques du printemps 2025 ont permis de mettre à profit ce terrain politique, sans doute moins puissant qu’à la fin du XXe siècle mais que nous travaillons malgré tout sans relâche.

Pendant toute la durée de la campagne, depuis octobre 2024, le collectif « Nîmes en commun » s’est d’ailleurs réuni chaque semaine, tous les lundis soirs, pour préparer les rencontres de la semaine, pour mener des débats politiques, pour interroger les manières de s’adresser aux gens et pour réfléchir en permanence à la manière de s’auto-corriger pour améliorer continuellement la démarche d’écoute. Nous avons fait en sorte d’échapper, grâce à la démarche d’écoute, au piège que la politique referme trop souvent sur ceux qui y consacrent leur vie : ne jamais devenir des politiciens sûrs de nous-mêmes, persuadés de mieux savoir que les autres et d’être attendus pour les solutions toutes faites que nous aurions pensées « pour les gens »… Cette posture ne produit que de fausses bonnes idées et entretient la distance et l’absence d’humilité dont nos concitoyens se plaignent à longueur d’année et dont nous pâtissons tous.

Ce que l’écoute fait à la politique

Pendant ces dix-huit mois, les militants politiques, moi le premier, ont accepté d’écouter plutôt que de parler et d’attendre plutôt que de donner directement, du haut vers le bas, un programme politique qui n’a été construit qu’à la fin de l’automne 2025. Sur la forme, cette écoute nous a réunis et nous a permis d’aller vers les citoyens avec humilité. Sur le fond, elle nous a également permis d’échapper à une campagne électorale mortifère sur les seuls enjeux de sécurité policière et d’immigration que les médias nationaux imposent dans le débat.

La ville connaît de graves problèmes d’insécurité : c’est une des préoccupations majeures de mes concitoyens et en tant que maire, je suis particulièrement attentif et vigilant sur le sujet. Le trafic de drogue gangrène de nombreux quartiers et, y compris pendant les mois de campagne, Nîmes a malheureusement fait plusieurs fois la Une des faits divers pour tirs en pleine rue et des règlements de comptes. Pourtant, ce n’est pas ce sujet qui s’est imposé de façon centrale dans le débat municipal mais plutôt celui de l’unité de notre ville. C’est cet enjeu, identifié pendant l’enquête initiale réalisée auprès des habitants de la ville et travaillé avec tous pendant les rencontres du printemps 2025 qui s’est retrouvé propulsé au cœur de la campagne à la fois par les habitants et par les autres candidats. En prenant le temps d’écouter les Nîmoises et Nîmois, nous avons permis que cette élection ne leur soit pas « volée » par des communicants répondant à des grilles médiatiques nationales et, de fait, cela a permis de réinstaller des thèmes sur lesquels la gauche est également plus crédible : unité et vivre ensemble dans la ville, réussite et accompagnement de la jeunesse, pouvoir d’achat et accès aux services publics… autant de sujets essentiels qui n’auraient pas existé dans un débat propulsé « par en haut ».

L’écoute est un combat

Et pourtant, cela n’a pas été facile : dès la fin 2024, l’injonction à présenter un programme plutôt que de continuer à écouter était bien présente au sein du collectif « Nîmes en commun » comme dans les médias. Alors que nous n’étions qu’au début de la démarche d’écoute, il y a eu des débats en interne pour suggérer que nous avions assez écouté, que nous savions ce que voulaient les citoyens de la ville et que maintenant il fallait leur répondre en présentant comment nos idées allaient répondre à leurs problèmes. Petit à petit, la démarche « Si je vous dis Nîmes » puis le travail collectif au sein de « Nîmes en commun » nous ont réappris les bénéfices qu’il y a, pour les dirigeants politiques, à écouter. Et toutes ces expériences nous ont aussi donné des clefs pour mieux comprendre la ville et ses habitants et, in fine, mieux nous faire comprendre de tous.

L’écoute « active » que nous avons entretenue (et continuerons d’entretenir pendant tout le mandat car il n’est pas question de s’arrêter une fois élus, cela serait manquer à la première de nos promesses) a été décisive : elle nous a permis de construire notre réflexion et notre projet pour Nîmes en proximité directe avec les habitants et avec une compréhension plus intime des réels problèmes qu’ils rencontraient, sans nous arrêter aux apparences ni aux rapides interpellations sur les marchés. Par exemple, concernant la tranquillité publique, les échanges avec les habitants puis les résultats du questionnaire de l’automne 2025 nous ont permis de voir à quel point les attentes des habitants liaient les mesures liées à la prévention de la délinquance et de répression. Cela peut sembler aller de soi mais, dans un débat public devenu caricatural, ces deux positions sont aujourd’hui systématiquement présentées comme antagoniques. Les habitants ont explicitement dit que l’une ne pouvait aller sans l’autre. Même si c’est de manière différenciée selon les catégories sociales et les quartiers de résidence, la conscience du rôle que les facteurs socio-économiques jouent dans la délinquance est très présente au sein de la population où, pourvu qu’on prenne le temps de pousser les contradictions, les discussions rejoignent souvent les réflexions des chercheurs les plus en pointe sur le sujet. Cela fait du bien à la politique.

En écoutant les habitants, nous formons un pacte politique préalable à une action plus efficace car démultipliée. Pour cela, nous avons procédé de façon inverse à ce que font classiquement les campagnes politiques qui ciblent les « proches », pour les « ancrer ». Bien évidemment, nous avons mené un travail très attentif auprès de toutes les populations fragiles de la ville : pas seulement par intérêt électoral mais parce que les problèmes qu’elles rencontrent sont aussi les nôtres. D’ailleurs, l’ensemble des quartiers populaires ne s’y est pas trompé et les habitants sont venus voter de façon importante au second tour (même si la hausse de 50% de la participation ne les ramène pas à la hauteur de la participation observée dans les autres quartiers de la ville…).

Mais nous avons aussi veillé à ne pas éviter les quartiers et les électeurs qui ne nous étaient pas « a priori » favorables : nous voulions être élus de toute la ville, par toute la ville et pour cela il faut écouter et associer toute la ville. Nous avons donc mené un travail statistique fin mais pour identifier les publics que nous ne touchions pas assez dans les moments de rencontre organisés. D’ailleurs, à la fin, le grand questionnaire a été rempli par une population assez représentative de la diversité des quartiers et des habitants de la ville.

Cette écoute nous a permis de mieux entendre mais aussi de mieux nous faire entendre. En nous donnant les moyens de travailler avec la population, en étant identifiés comme tels par une multitude d’acteurs politiques, citoyens et associatifs, nous avons constitué un socle de « reconnaissance » qui a été très utile dans les derniers moments de la campagne, quand il a fallu bâtir des ponts, et qui sera décisif pour la réussite du mandat à venir, tant notre ville a besoin d’être réunie.

En écoutant, nous avons aussi créé un cadre pour que tout le monde s’écoute. Et en nous écoutant, nous avons commencé à nous respecter tous davantage : ainsi nous avons posé les bases de dynamiques communes entre des personnes qui, a priori, ne s’imaginaient pas partager les mêmes aspirations.

Cette reconnaissance mutuelle garantit aussi la solidité de notre équipe militante devenue équipe municipale : les différentes étapes de la démarche nous ont appris à travailler collectivement, à mille lieues de l’ambiance du débat politico-médiatique national. Le travail de notre collectif a pris du sens, et notre équipe s’est soudée bien au-delà des questions politiciennes et partisanes, qui se sont de moins en moins posées à mesure que l’on avançait vers l’échéance électorale, même au moment de constituer la liste des candidats. 

La politique comme fête et disponibilité aux autres

L’enquête et les rencontres ont transformé les militants et l’idée qu’ils se faisaient de leurs voisins, y compris les plus proches. Cela a plus largement permis que des habitants redécouvrent simplement leurs voisins. Cela a été dit dans plusieurs réunions où des participants nous remerciaient de cette occasion de se rencontrer et discuter intelligemment entre voisins.

Dans ce contexte, à l’envers de la morosité ambiante à l’échelle nationale, la dynamique impulsée ne pouvait être que positive : au fur et à mesure du temps, la démarche prenait du sens par et pour elle-même, pour la ville, presque déconnectée de l’échéance municipale. Et les militants étaient joyeux. Beaucoup d’habitants nous en ont fait la remarque.

Nous avons tous fini fatigués mais il n’y a jamais eu de lassitude. Chaque étape renouvelait le travail militant et les méthodes à déployer au plus proche de la population : notre campagne ne consistait pas à trouver de plus en plus de monde pour distribuer mécaniquement des tracts à l’arrêt de bus ou la sortie de l’école, avec à peine un sourire et sans vraiment dire bonjour ni chercher le moindre échange approfondi. Nous étions portés par un élan positif, généreux, que les Nîmois ont été de plus en plus nombreux à rejoindre. Ce résultat a été permis par notre travail au contact des gens et par les réunions régulières du collectif nous permettant de discuter ensemble de tout ce que nous entendions. Nous avons réussi à ranimer ce qui manque souvent à la gauche, elle doit redevenir une fête.

Conclusion

Ces résultats au final, nous les devons à notre effort permanent pour nouer le contact avec ces catégories de la population, aux progrès que nous avons fait pour créer un lien avec la population ouvrière, les jeunes, les habitants des quartiers populaires et rendre nos listes et nos collectifs toujours plus représentatifs. Pour être comprise, cette campagne municipale en elle-même doit aussi être replacée dans une histoire politique plus longue d’inscription de la gauche et notamment de l’influence des communistes dans la ville.

Pour autant, le résultat de l’élection ne saurait masquer le travail qui reste à faire puisqu’une moitié d’électeurs ne sont pas allés voter. Sur 150 000 habitants, je ne suis élu que par 20 000 personnes ! Et pendant notre campagne, massive, nous avons réussi à avoir un échange direct avec plus de 10 000 habitants et, au final, nous pouvions compter sur près de 6 000 soutiens actifs.  Les jeunes sont visiblement venus voter plus que d’habitude, mais ils sont malgré tout moins venus que leurs ainés. Les quartiers populaires sont venus beaucoup plus que d’habitude mais ils se sont encore peu mobilisés par rapport à la moyenne des autres quartiers de la ville. Les ouvriers et inactifs, souvent invisibilisés des démarches politiques, ont fait l’objet de beaucoup de soin dans tout notre travail et sont restés trop éloignés de notre démarche… Cela doit nous inciter à rester combattifs et déterminés.

Comme maire, je retiens de tout cela qu’il nous faudra rester en permanence disponibles aux autres : pas seulement « aller vers eux », mais aller les chercher en créant les conditions pour qu’ils se sentent représentés et parties prenantes de la vie politique locale. A nous de permettre que tous les habitants de notre ville recouvrent un peu de confiance dans celles et ceux qui sont sensés les représenter. L’enjeu de ce mandat sera double : répondre aux attentes et aux besoins exprimés par les citoyens et continuer à tout faire pour revitaliser notre démocratie à l’échelle locale.

Ces deux objectifs sont intimement liés : non seulement les besoins et les attentes varient en permanence mais nous avons en outre besoin de continuer à écouter ceux qui s’exprimeront tout au long des prochaines années. Mais, surtout, sans commencer par écouter les habitants, il n’est pas possible de les impliquer. Or, dans une ville, comme dans un pays, c’est parce que chacune et chacun compte que la société, l’économie et le bonheur prospèrent.

A mes yeux, la leçon de cette campagne, c’est que le chemin d’espoir existe à condition de le parcourir ensemble : grâce à l’écoute mutuelle entre les habitants et en veillant à ce que celles et ceux qui aspirent à les représenter soient activement à l’écoute (et pas en fond de salle à discuter entre militants). Nos dirigeants doivent retrouver un peu d’humilité et ils doivent le faire savoir. Par exemple, ils ne peuvent pas, à un an d’une présidentielle décisive pour l’histoire de notre pays, nous asséner des programmes ficelés d’en haut, entre experts, et imaginer que les citoyens du pays s’y reconnaîtront. Ils ne peuvent pas non plus favoriser le spectacle des petites phrases et de polémiques permanentes souvent entretenues par la mise en scène des plateaux télé et des réseaux sociaux et se plaindre du résultat qu’ils contribuent à produire.

Ce que je retiens de ces 18 mois d’écoute active, c’est que les citoyens en veulent à leurs dirigeants de ne pas être assez proches d’eux mais qu’ils ne sont pas du tout démissionnaires de la politique : à condition de rester humbles, de travailler avec acharnement avec les habitants, de faire attention à n’oublier personne et d’être toujours capables de se remettre en question, il y a un chemin pour échapper aux abîmes qu’on ne cesse de nous promettre. Il n’y a que comme cela que l’on peut y arriver. Nous l’avons fait à Nîmes, méthodiquement, par étapes, sans jamais perdre de vue notre objectif qui n’est pas celui de conquérir quelques postes mais bien de nous donner les moyens de changer, concrètement, la vie des gens. Et cela n’est possible ni sans eux, ni contre eux : nous devons le faire toutes et tous ensemble et c’est pour cela que la première tâche d’un dirigeant politique, c’est de créer les conditions pour réunir les gens. À Nîmes, nous continuerons.

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Vincent Bouget