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Publié le 7 octobre 2026
Parmi les sujets qui ont divisé les candidats de la primaire social-démocrate, le soutien à l'Ukraine a donné lieu à un échange tendu. Condamnant le "jusqu'au-boutisme" de Raphaël Glucksmann sans le viser nommément, Ségolène Royal a plaidé pour un pacifisme désincarné, éludant les responsabilités de la Russie dans le déclenchement et la poursuite de la guerre.

Lors du deuxième débat pour la primaire des socialistes le 1er octobre 2026 sur France 2, à propos de la situation en Ukraine, Ségolène Royal s’est exclamée, avec émotion, impatience et un brin d’irritation : « Il faut que la guerre s’arrête ! »

Merveilleuse formule. Merveilleux « S’ ». C’est la marque de ce que la grammaire nomme un verbe pronominal. C’est-à-dire un verbe qui se conjugue avec un pronom personnel dit « réfléchi » (me, te, se, nous, vous) parce que ce pronom désigne, comme en un miroir, la même personne que le sujet. Et celui-ci se trouve, du même coup, être aussi l’objet. Comme lorsqu’on dit « Je me lève », « elle se couche » : elle couche qui ? Elle. Là, incontestablement, Ségolène Royal se couche.

Pourquoi ? Parce que, dans sa formule, la guerre assume la double fonction de sujet et d’objet, sans personne d’autre qu’elle-même. Or, s’il est un mot qui recèle une structure « actantielle », c’est-à-dire impliquant les parties prenantes de l’action, c’est bien le mot « guerre ». La présence frontale de deux antagonistes est au cœur de sa définition : « Lutte armée entre États, groupes sociaux… », dit le dictionnaire. Et c’est le statut réciproque de ces deux antagonistes qui va définir la variété de guerre à laquelle on a affaire : guerre coloniale, guerre mondiale, cyberguerre, guerre asymétrique, guerre juste…

« Il faut que la guerre s’arrête ! » D’un coup de gomme, par la grâce du réfléchi, Ségolène Royal efface les noms des personnes, estompe les responsabilités, égalise les antagonistes, élimine l’histoire, les causes, les enjeux. Elle fait disparaître les mensonges et les crimes, elle fait fusionner la victime et le bourreau. Il n’y a plus que des atrocités cruellement abstraites, dont les Ukrainiens et les Russes, confondus dans le brouillard des explosions, sont les acteurs indifférenciés.

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« Il faut que la guerre s’arrête ! » Ce cri du cœur relèverait de la pensée magique s’il ne servait pas les intérêts de quelqu’un, nommément : Vladimir Poutine. Nul doute que le Kremlin et ses services pourront envoyer à Madame Royal un message de remerciement pour sa précieuse collaboration.

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Denis Bertrand