Dans un style plus policé que celui du vice-Président J. D. Vance un an auparavant, le Secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a délivré à la conférence pour la sécurité de Munich un discours tout à fait similaire sur le fond, dénonçant la lutte contre le changement climatique, la coopération européenne et la démocratie libérale. Les dirigeants politiques européens qui se sont levés pour l’applaudir ont donné une piètre image de leur combativité. Professeur d’études stratégiques, Phillips O’Brien exprime sa surprise devant l’aveuglement européen : l’abandon de l’Ukraine, le relai de la propagande russe et la mise en cause de l’Otan sont pourtant à l’évidence les messages envoyés par Washington.
Les Européens ont tout autant de mal à se réveiller devant le défi chinois. Ils en sont restés à l’image d’une Chine « atelier du monde » capable de produire en larges volumes des produits bas de gamme. Or, la Chine est aussi montée en gamme et maîtrise désormais des technologies clé pour l’avenir détaillent trois économistes, Célia Colin, Sébastien Jean et Olivier Lluansi. L’Europe s’est ainsi rendue dépendante de la production chinoise dans de nombreux secteurs, alors même que Pékin a décidé de faire de sa puissance commerciale une arme géopolitique.
Avec la trumpisation de l’Amérique et l’agressivité commerciale chinoise, la transition énergétique constitue un troisième défi géostratégique de taille. Avec trois ans de retard, la France a publié la semaine dernière sa programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Celle-ci fixe notamment les équilibres entre énergies nucléaire et renouvelables dans les années à venir. Si la plupart des débats se focalisent sur le mix énergétique, la priorité devrait, selon Pierre-Etienne Franc, être placée du côté des usages, puisque la consommation électrique reste aujourd’hui atone.
La consommation électrique pourrait être dopée par la nouvelle révolution technologique entrainée par l’IA. Le développement fulgurant de l’IA nous fait entrer dans le quatrième cycle du numérique, défend Philippe Lemoine. Celui-ci se caractérise par la puissance des entreprises à tendance monopolistique mais aussi par des fragilités anciennes, notamment la soutenabilité écologique des nouvelles technologies, qui n’ont toujours pas disparu et qui pourraient rapidement saper l’effervescence actuelle.