Le rapprochement de la Silicon Valley avec Trump depuis un an ne s’explique pas seulement par l’opportunisme, plus ou moins contraint, des entrepreneurs qui ne peuvent ignorer le poids de la politique sur leurs affaires. Plus profondément, nous expliquent Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, on peut identifier une convergence idéologique entre les prophètes des nouvelles technologies et des « penseurs » post-libéraux et post-démocratiques américains. L’Europe concentre leur hostilité parce qu’elle représente à leurs yeux une forme de décadence avancée, où prédominent la règle de droit, les institutions démocratiques et la volonté de coopérer. Derrière les propos incohérents et les impulsions contradictoires de l’homme de la Maison Blanche, des idéologues organisent, avec une partie du monde des affaires, un avenir technofasciste.
En relations internationales également, des idéologues mettent en forme un projet alternatif au multilatéralisme de l’après-guerre. L’intervention américaine au Venezuela et les revendications territoriales sur le Groenland expriment une vision selon laquelle la paix collective serait mieux garantie par un partage du monde en « grands espaces ». Cette idée évoque les thèses du juriste allemand Carl Schmitt qui contestait l’idée d’un ordre international fondé sur le droit. Jean-Yves Pranchère et Marc-Olivier Padis discutent de la pertinence de la référence à ces travaux pour lire la situation internationale aujourd’hui, et particulièrement les ambitions des acteurs néo-autoritaires.
En France, le Sénat débattait cette semaine du projet de loi sur la fin de vie. Le vote favorable de l’Assemblée nationale n’a pas été suivi par les sénateurs. L’avenir du texte se jouera probablement à l’Assemblée nationale dans les semaines qui viennent. Avant le vote, les sénateurs avaient mené des auditions d’associations de patients, de médecins et de spécialistes d’éthique médicale. Nous publions ici une série d’interventions éclairant les points les plus discutés de ce projet, des interventions que les sénateurs n’ont pas jugé utile de rendre publiques après les auditions. Alors que le débat au Sénat cette semaine est apparu expéditif et confus, la fin de vie mérite un espace de débat politique préservé et transparent, éclairé par la voix des experts et à l’écoute des patients.