La décision américaine de recourir à la force militaire contre l’Iran constitue une anomalie dans l’histoire récente des États-Unis. Aucun élan patriotique, aucun rally around the flag1 ne s’est manifesté. Le soutien à cette opération se situe en moyenne autour de 40 % dans les sondages, un chiffre étonnamment bas pour une décision de guerre. La compilation de plusieurs enquêtes d’opinion le montre sans ambiguïté : il s’agit sans doute de l’opération militaire la moins populaire de l’histoire américaine moderne dès son lancement.
| Organisme | Favorable | Défavorable |
| Quinnipiac | 40 % | 53 % |
| NPR/PBS/Marist | 44 % | 55 % |
| CBS News | 44 % | 56 % |
| NBC News | 41 % | 54 % |
| Washington Post | 39 % | 52 % |
| CNN | 41 % | 59 % |
| Reuters/Ipsos | 27 % | 43 % |
Sources : sondages réalisés entre le 28 février et le 9 mars 2026.
Mais c’est le second enseignement des sondages qui révèle une transformation plus profonde. Le facteur déterminant de l’opinion publique sur la guerre n’est plus la probabilité perçue d’une victoire — comme c’était largement le cas jusqu’au début des années 2000. Il est désormais l’appartenance partisane. Les données du sondage Quinnipiac2 du 9 mars 2026 sont éloquentes :
| Total | Républicains | Démocrates | Indépendants | |
| Favorable | 40 % | 83 % | 3 % | 28 % |
| Défavorable | 54 % | 11 % | 92 % | 66 % |
Un clivage quasi absolu. Ces chiffres révèlent une vérité plus crue sur le mouvement MAGA : il n’existe pas en tant que courant idéologique cohérent. Il n’y a en réalité que Trump, et la soumission au chef, et ses partisans sont prêts à soutenir quasiment n’importe laquelle de ses politiques. Les Républicains se réclamant de MAGA, censés être les plus hostiles à tout interventionnisme américain à l’étranger, se sont massivement ralliés à l’opération dès l’annonce des bombardements. La politique étrangère est devenue, aux États-Unis, une question partisane au même titre que la fiscalité ou l’immigration, y compris lorsque le pays entre en guerre.
Trump dispose donc d’une base mobilisée. Mais même cette base a ses limites — fixées non par des considérations morales ou stratégiques, mais par le prix du pétrole et le calendrier électoral.
Les élections de mi-mandat de novembre 20263 constituent la véritable obsession politique de Trump en ce moment, bien davantage que l’Iran lui-même. Quiconque suit son compte sur les réseaux sociaux observe sa fixation quotidienne sur ce qu’il appelle la loi « Save America », destinée à restreindre l’accès au vote. Il y revient chaque jour, de façon compulsive. Il est bien plus obsédé par cela que par l’Iran — aussi pathologiquement que par sa haine du président Zelensky.
Or une guerre longue serait une catastrophe pour les Républicains en 2026. Le prix du pétrole brut a déjà bondi d’environ 50 % depuis le début des bombardements — le baril de Brent ayant brièvement dépassé 119 dollars avant de se stabiliser autour de 86-93 dollars, puis de refranchir la barre symbolique des 100 dollars. La situation a atteint son paroxysme le 10 mars, lorsque Trump a posté sur Truth Social deux messages d’une violence rhétorique exceptionnelle :
« Si l’Iran fait quoi que ce soit pour bloquer le flux de pétrole dans le détroit d’Ormuz, il sera frappé par les États-Unis d’Amérique VINGT FOIS PLUS FORT qu’il ne l’a été jusqu’ici. De plus, nous détruirons des cibles facilement anéantissables, ce qui rendra pratiquement impossible toute reconstruction de l’Iran en tant que nation — La mort, le feu et la fureur régneront sur eux — Mais j’espère et je prie que cela n’arrive pas ! »
« Si l’Iran a placé des mines dans le détroit d’Ormuz, et nous n’avons aucun rapport indiquant qu’il l’ait fait, nous voulons qu’elles soient retirées, IMMÉDIATEMENT ! Si pour quelque raison que ce soit, des mines ont été posées et ne sont pas retirées sans délai, les conséquences militaires pour l’Iran seront d’un niveau jamais vu auparavant. »
Trump menaçait en réalité de rendre l’Iran « impossible à reconstruire en tant que nation » si ses approvisionnements en pétrole étaient interrompus, une formulation que certains juristes n’ont pas hésité à qualifier de menace de crime de guerre.
Ces déclarations ont contraint Trump à faire immédiatement marche arrière et à déclarer que la campagne aérienne était « quasiment terminée ». Les marchés l’ont cru sur parole pendant une journée, et le cours a brièvement reculé avant de remonter.
Le détroit d’Ormuz4 est donc la variable clé. La logique de sortie est pourtant claire : les États-Unis contrôlent la durée de cette campagne. Israël cessera presque certainement ses opérations si Trump l’ordonne à Netanyahu. Et si le pétrole continue de monter, les chances d’une fin rapide augmentent en proportion.
Cette guerre a été déclenchée pour permettre à Trump d’engranger une victoire rapide sur le modèle vénézuélien. Elle n’a jamais été conçue pour durer. La question est de savoir si les événements lui laisseront encore le choix.