M. Trémolet de Villers a manifestement manqué de nombreux épisodes au sujet de nos relations avec la France insoumise. J’en rappelle ici quelques épisodes qui complèteront utilement son information : notre dénonciation de l’indulgence de Jean-Luc Mélenchon à l’égard de Vladimir Poutine, nos analyses de son comportement pendant la crise du Covid, nos critiques des conceptions du leader Insoumis en matière de politique étrangère, notre dénonciation de ses projets en matière économique et budgétaire, ou encore nos analyses au sujet de ses provocations antisémites.
L’éditorialiste poursuit toutefois d’autres objectifs que l’exactitude. Contrairement au titre de une qui suggère bien l’existence de « deux gauches », il entend démontrer qu’il n’en existe en réalité qu’une seule, car « comme le nuage de Tchernobyl, le mélenchonisme ne s’arrête pas aux frontières de la France insoumise ». Selon M. Trémolet, le « gauchisme mental » étend en effet son emprise sur toute la gauche, Glucksmann compris, avec ses différents symptômes : « névrose fiscale », « laxisme migratoire » et « préférence pour les énergies renouvelables ». Heureusement, l’agent pathogène a été clairement identifié : la note de Terra Nova de 2011 sur la stratégie électorale de la gauche ! En quinze ans, ce virus désormais bien connu s’est propagé partout avec son action caractéristique sur l’offre politique : « abandon du peuple ouvrier, séduction des centres urbains, des minorités, des enfants de l’immigration ».
A vrai dire, le diagnostic du Docteur Trémolet reste très rudimentaire. Si l’on retourne à la source supposée du mal, on découvre en effet que les centres urbains, les minorités et les enfants de l’immigration étaient loin d’être les seules cibles à atteindre : y figuraient également les jeunes, les femmes et les diplômés. Or il est probable, il est même certain qu’une partie du « peuple ouvrier » se retrouve parmi les femmes, les jeunes ou les enfants de l’immigration.
Ces complexités – dont on trouvera un exposé plus approfondi ici – ont manifestement échappé à M. Trémolet de Villers. Mais s’il occulte cette partie du problème, c’est parce que la seule chose qui l’intéresse vraiment, ce sont justement ces minorités et ces enfants de l’immigration dont il serait manifestement scandaleux, à ses yeux, de rechercher les suffrages. Un peu comme si ces derniers n’avaient pas complètement validé leur droit à participer aux élections ; comme s’il y avait un électorat digne d’être approché et un autre dont il faudrait absolument se détourner – il est toujours étonnant de constater à quel point l’égalité démocratique reste une idée scandaleuse pour les vrais conservateurs.
Si M. Trémolet consentait à réfléchir un peu sérieusement à tout ça, il découvrirait peut-être que tout n’était pas faux dans la fameuse note de Terra Nova de 2011 et qu’une partie du diagnostic sur lequel elle se fondait explique en bonne partie le succès actuel de l’extrême-droite et des droites nationales. Elle mettait en effet en exergue le recul des questions socio-économiques au profit de questions culturelles dans la détermination du choix électoral. C’est d’ailleurs précisément sur ce terreau que prospèrent aujourd’hui les diatribes de M. Trémolet et de tous les croisés de la bataille culturelle qui officient aujourd’hui au Figaro.