15 juillet 2026
- Par Pierre Buhler
Le « paquet de souveraineté technologique » présenté par la Commission européenne en juin 2026 renvoie crûment à l'ampleur de la dépendance technologique, longtemps indolore et consentie, de l'Europe à l'égard des États-Unis. En miroir de celle, également acceptée, vis-à-vis des armements américains, elle porte sur l’ensemble de l’écosystème numérique qui forme l’environnement des entreprises et des consommateurs du Vieux Continent. Les géants de la tech américaine y règnent presque sans partage, verrouillant les chaînes de valeur en amont de la frontière technologique contemporaine, celle de l’IA : les semi-conducteurs, les infrastructures de stockage et de traitement des données, la puissance de calcul.
Le second mandat de Trump a transformé cette asymétrie, ancienne, en arme politique contre l’Europe, illustrant la théorie de l'« interdépendance armée », définie notamment par ses effets de « panoptique » et de « goulot d'étranglement ». Bienvenu, mais tardif, le réveil de l’Europe souffre, dans une compétition technologique dominée par les États-Unis et la Chine, d’un double handicap, celui de l’échelle et celui de la vitesse. Les priorités de R&D ses entreprises l’exposent, qui plus est, au « piège de la technologie intermédiaire ».
21 mars 2025
- Par Pierre Buhler
Trump fait pression sur les Européens pour qu’ils consacrent une part plus importante de leur budget à la Défense tout en affaiblissant la garantie de sécurité que les Etats-Unis accordent à l’Europe via l’OTAN. Sommés de se prendre en charge, les Européens sont contraints de reconnaître à quel point ils sont, sur le plan militaire, sous l'emprise des États-Unis. Le chemin de l’autonomie stratégique européenne sera long et complexe pour une Europe qui manque d’atouts pour défendre ses intérêts de sécurité lorsqu'ils divergent de ceux des États-Unis.
21 octobre 2024
- Par Pierre Buhler
Le résultat de l’élection présidentielle américaine affectera la situation internationale sur plusieurs points chauds : au Proche-Orient, en Ukraine, à Taiwan… Mais que proposent les deux candidats dans leur programme ? Si les politiques étrangères des administrations Trump et Biden (dont Kamala Harris est en partie comptable) se distinguent par bien des aspects, en particulier vis-à-vis des Européens, des points de consensus rassemblent les deux camps.
17 juin 2024
- Par Pierre Buhler
Tour d’Europe des élections. En Pologne, les élections européennes sont intervenues six mois après le changement de majorité qui avait mis fin à la domination du parti anti-européen PiS. Le parti du Premier ministre Donald Tusk parvient en tête des votes, ce qui conforte sa stature européenne face à un Président français et un Chancelier allemand contestés. Mais sa coalition pourrait se trouver affaiblie et, surtout, le PiS reste un parti puissamment installé dans son rôle d’opposant.
25 mars 2024
- Par Pierre Buhler
Après l’euphorie de la fin de la Guerre froide, le retour d’une vraie guerre sur le continent européen a sonné le glas du paradigme de la « paix par le droit » et a révélé l’inanité de la sécurité collective. La paix par la force s’installe inexorablement après que l’espoir d’une paix par la démocratie s’est dissipé avec la régression démocratique observée dans le monde depuis deux décennies. C’est pourtant à l’Europe, qui en est la meilleure illustration, qu’il incombe d’en faire vivre la flamme.
27 novembre 2023
- Par Pierre Buhler
Après une campagne électorale difficile, l’opposition polonaise, emmenée par l’ancien Premier ministre et ancien Président du Conseil européen Donald Tusk, a battu le parti eurosceptique (PiS) au pouvoir à Varsovie depuis huit ans. Ce résultat va permettre à la Pologne de rétablir son Etat de droit et de jouer à nouveau un rôle constructif en Europe. Mais le caractère hétéroclite de la coalition en voie de formation ainsi que l’obligation de cohabiter avec un Président de la République issu du PiS vont compliquer la tâche du futur Premier ministre.
11 septembre 2023
- Par Sylvain Kahn, Pierre Sellal, Pierre Buhler, Anne Bucher, Jean-Louis Missika
Alors que la guerre en Ukraine a rouvert un processus d’élargissement (Moldavie, Ukraine) et relancé le dossier d’adhésion des Balkans, plusieurs questions importantes se posent. Cette nouvelle vague d’élargissement est-elle différente des précédentes ? Convient-il de réformer l’UE avant d’y intégrer de nouveaux pays ? Faut-il proposer des dispositifs d’adhésion graduels ou bien donner à tous les pays un statut de membre indifférencié ?
6 juillet 2023
- Par Pierre Buhler
L'invention du concept de « souveraineté européenne » par le président Macron en 2017 a suscité un débat, ravivant des différends sur la supranationalité, l'État-nation et la démocratie qui résonnent depuis la création du projet européen. Elle est également intervenue à un moment où une série de crises a contraint l'Union européenne à dépasser ses ambitions de « puissance normative » pour vivre son « moment machiavélien », dans un contexte de montée de nouvelles puissances mondiales et de menaces existentielles pour elle-même et ses États membres. La « souveraineté européenne » n’est pas un oxymore, mais une expression impropre. La véritable question qui se pose à l’Union européenne est celle non de la souveraineté, mais de la puissance. Or, la puissance procède du commandement, qui est loin d'être un attribut du processus complexe de prise de décision partagée de l'entité européenne, ce qui rend l'objectif de devenir une puissance à part entière hors de sa portée.